La légende de Sahomsimû (1)

Il fut un temps où les légendes se mêlaient parfaitement à la réalité perçue par les humains, celle-ci vient d’une époque peut-être pas si lointaine que ça :

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C’est là l’histoire de Sahomsimû, un homme traversé par un constant élan d’évolution générale le poussant à toujours plus s’aligner sur son âme, à la place de ses désirs égotiques. Il s’est alors un jour transformé en dragon. Ce jour-là, le ciel était rempli de nuages légers, ce genre de nuage dont les réchauffants rayons solaires et lunaires s’accommodent  à merveille. Il passa une journée comme les précédentes, rien ne laissait transparaître ce qu’il allait advenir. Il se sentait bien tout simplement et il ne ressentait pas le besoin de justifier sa joie par des mots. Pour lui, cet état était simplement comparable à un canal. Un canal auquel on aurait commencé à aligner les rives irrégulières afin que la douce vibration de la rivière, circulant dans ce canal ne soit plus en permanence freinée ni perturbée.

La journée s’éteignant pour laisser place au renouveau régulier, il se coucha le cœur léger. Cette nuit-là, seul son mental  quotidien s’endormit, alors ses inconditionnels appuis subtils ont su bénéficier d’instants privilégiés pour lui souffler quelques messages. Cela commença avec une belle chanson qui se mit à résonner, laissant rapidement place à une longue suite de chansons portant toutes des paroles précieuses. A demi conscient de cet état particulier et ressentant l’ouverture qui se profilait, Sahomsimû se demanda si ces paroles enchantées le guidaient. Vivante de l’intérieur, une intuition vint le lui confirmer. Vibrant de la joie de cette compréhension interne, il se laissa glisser plus profondément dans son inconnu. La musique s’arrêta brusquement pour laisser place à une voix grave profondément ancrée à la Terre. Ce n’est qu’une fois passé l’effet de surprise que Sahomsimû reconnu cette voix, celle de ce dragon qu’il n’avait pas entendu depuis si longtemps que tous souvenirs avaient sombré dans un voile opaque  se laissant que rarement traverser par la Lumière.

L’Homme et le Dragon eurent alors un échange capital dont on ne laissa à l’humain que l’empreinte de l’encodage et non le souvenir des mots. Comme pour terminer ce dialogue, le dragon se mit à répéter  le moindre mot à l’ instant où Sahomsimû pensait à le formuler. Ce qui pourrait passer pour une simple plaisanterie  était non moins la confirmation d’une intuition que Sahomsimû portait dans son cœur depuis fort longtemps : il était le dragon et le dragon était lui. En un éclair cette confirmation fit son effet et il se retrouva loin de chez lui, dans une autre pièce.

Il se sent alors différent et comprend après quelques minutes qu’il est devenu dragon. Comme un réveil après une longue nuit de sommeil, Sahomsimû ouvre les yeux. La pièce est sombre, partout autour de lui se profilent des escaliers, aussi bien montants que descendants. Il  lève instinctivement ses yeux de dragon au plafond. Un être blanc et opaque, aussi bien indiscret qu’inoffensif pour un dragon, se tient agrippé au plafond. L’entité ne peut soutenir le regard de feu. Elle se faufile tel un lézard, n’étant concentré dans sa fuite que sur sa propre survie.  Mais quel est donc cet endroit austère se demande Sahomsimû.  Il pense alors à sortir et se retrouve immédiatement dehors à flotter dans les airs face à une grande tour carrée. Un curieux détail vient  s’ajouter à la surprise : les murs de la tour sont couverts d’un fin maillage de grosses cordes solides. Seules quelques mailles semblent avoir été rongées. L’entité blanche a peut être fait quelque chose d‘utile finalement, c’est certainement par là qu’elle est entrée et que la conscience du dragon a pu ensuite s’extirper de la tour. Ne s’attardant pas d’avantage sur ce détail, il laisse son champ de vision s’agrandir jusqu’à entrevoir une deuxième tour non loin de là. En voulant se poser au sol Sahomsimû s’aperçoit que c’est impossible. En effet des grillages et des fils ont été tendus dans tous les sens à quelques mètres du sol entre les deux tours. Le questionnement de Sahomsimû sur ce lieu s’approfondit : est-ce pour empêcher les dragons de venir que tout ce labeur a été fait ?  Et l’évidence résonna dans le cœur du dragon ! Non, le but de cet ouvrage est de ne laisser s’échapper aucun dragon de cet endroit ! Un sentiment de liberté envahit Sahomsimû, un battement d’ailes et hop tout est fini pour lui. Mais ça, c’est sans compter que rien n’arrête l’Amour d’un dragon pour les siens et la simple éventualité que d’autres puissent être enfermés ici est une raison largement valable pour se refuser à sa nouvelle liberté. Hors de question pour Sahomsimû de quitter les lieux sans avoir pris le temps de les inspecter.

La première tour étant déserte,  Sahomsimû projette sa conscience telle une sinusoïde dans la deuxième tour. Armé d’une détermination sans pareil, il commence à inspecter les pièces, désertes elles-aussi. Puis, dans la dernière pièce, pris d’un effroi incommensurable son regard se fige sur une grande table. Sur cette table est exposée une multitude d’ossements de dragons, principalement des crânes, comme si même morts, on les retenait prisonniers en affichant leurs restes comme des trophées sources de fierté. Sahomsimû se sent envahit d’incompréhension : comment et surtout pourquoi peut-on faire cela aux dragons ? Pris par cette invasion intérieure il entendit à peine un groupe de soldats  arriver. N’étant  pas en présence sous sa forme dragon telle que les humains se les représente, il n’eut aucune peine à se dissimiler en un éclair. Stratégiquement bien placé pour observer l’arrivée du groupe, Sahomsimû parvient rapidement à identifier le donneur d’ordre. D’ailleurs c’était le seul qui n’avait aucun air de combattant, sa petite taille et son air chétif ne laissant paraître que peu de haine. En revanche, son discours n’est tourné que sur les dragons, n’hésitant pas à affirmer qu’il les tuerait tous sans exception, « et jusqu’au dernier » précise-t-il ! Ne pouvant se résoudre à reprendre sa plus puissante forme dragon dans le but de le détruire sur le champ,  Sahomsimû se met à lire son cœur mais malheureusement, tout montre que rien ne fera changer cet être de manière définitive. Alors Sahomsimû choisit d’œuvrer par la pensée  afin que chaque guerrier commandé ait un déclic sur la nature réelle de leur chef, comptant ensuite sur leur propre discernement individuel  pour que la prise de conscience soit totale. Pour cela il apparaît à leurs yeux sous sa forme de matière. Leur faisant face Sahomsimû ne leur laisse pas le moindre instant de réaction pour commencer à leur insuffler leur éveil. Sa prise de risque fut grandement récompensée, leurs regards changèrent et leur attachement à leur chef se désintégra rapidement. De la même manière qu’un sort qui se brise, la véritable nature des soldats retrouva sa place en eux et tous, sans exception, redevinrent des loups à la grande surprise de Sahomsimû, lui qui aime tant le peuple des loups.

Il leur fallut un petit moment  pour sortir de leur léthargie et comprendre ce qui leur était arrivé.

Ils me l’expliquèrent eux-mêmes : le petit être haineux avait emprisonné leurs âmes dans l’intention de les soumettre à sa volonté destructrice des dragons. Se battre contre les soldats aurait été vain et n’aurait qu’aggravé la tragédie qui s’était déroulée jadis en ces lieux. Les loups et les dragons se côtoient depuis bien des millénaires alors la reconnaissance des âmes-loup fut immense. Tout aussi grande que la blessure de ce dragon songeant à ses frères et sœurs tombés dans ce piège machiavélique.

Le désormais ex chef, impuissant sans ses guerriers, profita de ces minutes d’hommage fraternel pour tenter de s’éclipser. Refusant une nouvelle fois de l’anéantir de colère le dragon encore pris dans ses émotions le laissa fuir. Mais dans sa solitude passagère il se fit une promesse, celle de retrouver et libérer les autres dragons restants et les faux soldats encore enfermés dans la sombre magie de l’illusion de cet être. Encore du travail à venir pour Sahomsimû…

Après ce bouleversant voyage,  Sahomsimû réintégra son corps humain, au chaud dans son lit, juste à moitié endormi et convaincu que le dragon et le dragonnier se sont enfin retrouvés et que leur Arc-En-Ciel va à nouveau s’illuminer.

 

Lien vers la suite de la légende de Sahomsimû (2)

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